La naissance du roi 

Né le 5 septembre 1638, Louis XIV devient roi à 4 ans et demi… Voilà de quoi vous transformer en marionnette aux mains de princes et hauts personnages avides de pouvoir ! La situation fut péniblement maîtrisée par sa mère, Anne d’Autriche, et le ministre Mazarin, que Louis XIII avait donné pour parrain à son fils… Non sans peine, tous deux parviennent à faire échapper l’enfant-roi aux calculs ambitieux des grands : la Fronde déstabilise le pouvoir, mais Louis XIV en sort convaincu de la capacité de nuisance des princes et des parlements. Une grande partie de sa politique s’explique de cette façon.

Le gouvernement sous Louis XIV 

Pour commencer, il laisse gouverner Mazarin, même après la fin officielle de la Régence (1650), donnant à penser que le pouvoir ne l’intéresse pas. Nicolas Fouquet en est si convaincu que, après la mort du ministre (1661) et convoitant sa charge, il pense habile d’impressionner son souverain par la célèbre fête de Vaux-le-Vicomte… C’est alors que Louis XIV manifeste de façon brutale son intention de gouverner lui-même, en faisant saisir et juger l’imprudent, qui finit ses jours dans la forteresse de Pignerol dans les Alpes…

Louis XIV à Versailles

Les premiers séjours du roi à Versailles ont lieu à la même époque. Le château n’est encore que le modeste pavillon de chasse voulu par Louis XIII, et son fils n’y vient que pour son agrément. C’est ainsi que la fameuse fête des Plaisirs de l’île enchantée, officieusement dédiée à la maîtresse du roi, Louise de La Vallière, se déroule dans les jardins du modeste château au printemps 1664. La décision de s’installer de façon permanente à Versailles ne viendra qu’avec la consolidation du pouvoir occasionnée par les succès militaires et diplomatiques : la paix de Nimègue, signée en 1678, inaugure la décennie la plus brillante du règne, et Versailles est aménagé pour être en mesure de recevoir la cour. Le roi s’y installe le 6 mai 1682, mettant en place un système de gouvernement dont le palais agrandi devient le théâtre privilégié.

Toujours préoccupé de neutraliser les ambitions de la haute noblesse, Louis XIV s’impose en effet un mode de vie extrêmement contraignant : levers publics, repas publics (Petit et Grand Couvert), couchers publics, et autres cérémonies réservées à une noblesse triée et hiérarchisée de mille manières (petites et grandes entrées, privilège du tabouret…). Consciente que son propre pouvoir ne lui vient que de la manifestation de sa proximité avec le roi, la noblesse de cour adhère à ce système, et, trop occupée de ses rivalités internes, laisse désormais les mains libres à Louis XIV, qui entreprend simultanément d’élever la bourgeoisie…  

A l’extérieur, le roi-soleil n’est pas moins jaloux de manifester sa puissance : quelques années après son mariage (1660), sous prétexte de s’octroyer la dot que l’Espagne a omis de verser à son épouse, Marie-Thérèse d’Autriche, Louis XIV entreprend la guerre de Dévolution (1667-68), dirigée vers les Pays-Bas espagnols où il pense se servir en territoires. Peu après, la guerre de Hollande, qui le met aux prises avec presque toute l’Europe, se finit à l’avantage de la France en 1678. C’est alors que, sûr de lui, Louis XIV entreprend la « politique des réunions », sans rencontrer d’obstacles : Montbéliard, Strasbourg, Metz, Toul et Verdun deviennent français. Dans le même temps, le roi bombarde Alger et Gênes, s’oppose au pape et soutient l’Empire ottoman contre l’Autriche… Cette assurance finit par susciter une réaction des puissances européennes : de 1689 à la fin du règne, le royaume doit affronter la Guerre de la Ligue d’Augsbourg et la guerre de Succession d’Autriche.

Mais l’hégémonie de la France passe aussi par la politique économique, brillant aspect du règne, largement redevable à la personnalité de Colbert. Soucieux de faire échapper la France à la mainmise de l’Angleterre et des Pays-Bas sur le commerce maritime, le ministre refonde la marine royale, bien délaissée par Mazarin. C’est à cette époque que sont créés les arsenaux de Toulon, Brest et Rochefort, où s’organise la construction navale. Mais dans le même temps, les tentatives de création de Compagnies des Indes n’eurent guère de succès.

Pour limiter les importations et éviter les fuites de capitaux, Colbert coordonne la production de luxe en créant des manufactures royales, dont les œuvres seront imitées dans toute l’Europe. La plus célèbre est celle des Gobelins, qui, à partir de 1663 et sous la direction de Charles Le Brun, héberge peintres, tapissiers, orfèvres, ébénistes, bronziers, doreurs… dont le travail échappe ainsi aux règles contraignantes des corporations parisiennes.

C’est également l’action conjuguée du roi et de Colbert qui inaugure la suprématie culturelle de la France : en créant les Académies royales de danse, de peinture et de sculpture, de musique ou d’architecture, et en pensionnant des artistes, le Roi-Soleil et son ministre favorisent l’élaboration d’une doctrine et de modèles esthétiques qui deviennent la règle à l’Europe entière, évinçant le prestigieux modèle italien qui s’imposait depuis la Renaissance.

Louis XIV et les femmes ... 

Il reste encore un mot à dire de Louis XIV et les femmes… Bel homme, amateur de plaisirs, il est connu que le Roi-Soleil collectionna les maîtresses : Olympe Mancini, Louise de La Vallière, Angélique de Fontanges, la marquise de Montespan sont les plus connues et connurent des carrières de durées variables. Deux d’entre elles donnèrent au roi des enfants qu’il eut à cœur de légitimer et marier princièrement, au grand scandale de la vieille cour. Le roi manifestait ainsi une fois de plus sa volonté d’abaisser la haute noblesse, volontiers frondeuse.

Malgré la complaisance de certains pour les désordres du roi, les ecclésiastiques gravitant autour de lui avaient parfois le courage de lui faire des remontrances publiques, comme Bossuet dans ses célèbres sermons de carême prêchés devant la cour au Louvre en 1662. Il fallut néanmoins attendre que l’âge de Louis XIV et l’influence de Madame de Maintenon se conjuguent pour aboutir à l’assagissement du monarque : après la mort de la reine (1683), survenue juste après l’installation définitive à Versailles, le roi épousa secrètement celle qui était née Françoise d’Aubigné, et se rangea définitivement…

La mort du roi 

Louis XIV mourut le 1er septembre 1715 comme il avait vécu : avec le souci de paraître. Alors qu’une gangrène de la jambe avait été diagnostiquée 8 jours plus tôt, il mit sa fin en scène, associant les actes publics de piété et les décisions politiques, avec un courage qui fit l’admiration. Il allait avoir 77 ans…